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mardi 17 mars 2009

Des poils et des signaux (à propos de "BI#1 - Le Poil")

Elle gît sur une pierre (en réalité, il s’agit d’une structure brune placée sur scène). Au fond, sur l'un des deux écrans stratégiquement mis en scène, apparaît un corps dont les formes sont dessinées par une fine ligne blanche. On les distingue parfaitement: ici un pied, là-bas le dos de la main. Quiétude. Jusqu'à ce que la figure se mette à bouger, subtilement, on la perçoit. Est-elle vers le haut ou vers le bas? Le corps est-il allongé sur le dos ou sur le ventre ? Les mains semblent se mouvoir, et le cou peut-être, on aperçoit le torse respirer et détecter quelque chose, on ne sait pas si la tranquillité est en mouvement. Autre évidence : la danseuse est tranquille, posée, reposant sur la pierre (ou comme on voudra l'appeler). Son corps est blanc et fort, conscient de chacune de ses cellules, et même des possibilités d'expression qu'ont ses poils. On l’a déjà vue quelques minutes plus tôt, immergée dans la danse, une qualité de mouvement, ayant peut-être recours à des impulsions très internes, ce qui la rend naturelle et puissante sur scène. Des mouvements qui, en tant que simple spectatrice, m'amènent à penser à quelque chose de cellulaire, d’amorphe et de vivant - peut-être est-elle un poil pur? Ca me traverse l'esprit ... Un corps pur qui, soudain, se cache derrière un autre écran. A présent, on distingue seulement quelque chose qui vient pincer le tissu par derrière, cela engendre des couleurs, des formes et, en particulier, un son. Des ondes de son, des ondes de couleur. Mais à ce moment, elle se repose, j'insiste, sur cette pierre et c’est la fine ligne blanche qui bouge et qui dessine ce corps.

"C’est un poil". Un poil, un cheveu, du duvet, poil, hair. "C'est une surface recouverte d'une sorte de poils synthétiques sensibles branchés aux capteurs qui envoient les signaux et dont le résultat est la forme à l'écran". Voici ce que m'a expliqué Florence Corin, l'une des créatrices de "Body Intimacy # 1 - Le Poil", avec des mots simples permettant à chacun de comprendre le monde complexe des nouvelles technologies associées à l'art.

Aux côtés de Florence, qui manie ordinateurs, capteurs et autres, Céline Verdan est l'autre partie de l'oeuvre et du concept. C'est elle qui est sur scène, portant une grande perruque de poils orange, elle nous emporte vers un autre univers par le mouvement, l'action des caméras, des capteurs et du son. Entre humour peut-être, caricature, l'amorphe à nouveau. Le Poil, the hair. Voilà comment s’appelle le spectacle, non seulement parce que les capteurs sont comme de petits poils sensibles aux signaux, mais aussi parce qu'au milieu de toute cette technologie, elles explorent quelque chose de commun à tous (commun à la rédactrice de même qu’au lecteur): le poil. Celui de la tête, des aisselles, des jambes, de la peau… Voilà pourquoi, au milieu de ces images si abstraites, Céline s'asseoit pour, par exemple, se raser les jambes, une action quotidienne, féminine et humaine. Intime. C'est cette intimité qu'elles ont recherchée, explorée, dévoilée et transformée en une histoire où la technologie et la danse en sont les outils. Cinq caméras, deux écrans vidéo aux sensibilités inimaginables, des objets scéniques et du son qui provient de sources différentes : de pistes musicales ou du mouvement de Céline, parce que les ondes croisent la scène, des signaux sonores qui sont sensibles au mouvement du corps humain. Et pour le son, un troisième personnage complète les poils et les signaux: Phillipe Jelli.

Simple et complexe à la fois. Parce que tout se concentre et tout part de ce corps fort, entraîné et habité par la danseuse simplement vêtue de sous-vêtements blancs. Elle-même est un capteur. Elle nage dans les eaux de la technologie et la technologie est à son service dans cet exquis solo de danse (cet adjectif, je me l'approprie). Partir d'un élément si commun et animal tel que le poil pour le croiser et l'utiliser avec une technologie de pointe, là est le jeu du collectif belge Mutin. Des mouvements qui font penser à un être élémentaire, original, presque animal voire cellulaire. Ce que je viens de voir c’est de la danse.

Il s’agit d’un jeu entre technologie et humanité, deux éléments qui se négocient et s'entraident, parce que finalement le centre de l'oeuvre c’est ce corps dansant, sa force, sa nervosité, tel est mon sentiment au moment d’applaudir, Céline apparaît simple et salue. Ses cheveux collent sur son visage en sueur. Florence se tourne timidement vers le public; sa danse a été celle du clavier d'ordinateur recevant et envoyant des signaux. Nul besoin à mon sens d’être un grand connaisseur de hautes technologies pour profiter d'une oeuvre comme celle-ci, un peu d’ouverture et de sensibilité et vos poils se hérisseront.

PUBLIE PAR MARIA CLAUDIA MEJÍA en espagnol
09 Janvier 2009
Traduit par Encarnacion Morales.
to read it in spanish, here.

mercredi 25 fevrier 2009

Après-After IDN

Quelques retours de notre passage à Barcelone
Some feedbacks after Barcelona

''"(...) ‘Le Poil’ est une pièce achevée où il existe une intuition précise de comment on peut utiliser les outils technologiques pour étendre la présence de l’interprète et créer un jeu de perspectives: du poil arraché avec l’épilateur à l’image amplifiée d’un organisme poilu se tordant sur lui-même, au corps fragmenté en un kaléidoscope d’êtres triangulaires et en une course palpitante.

La valeur de capteurs et des projections autogénérées en temps réel par l’interprète-activateur produisent de vibrants effets scéniques, mais, surtout, modifient les sensations que celui-ci a de son corps, qui amplifié dans toutes les directions, devient beaucoup plus puissant. Ce changement de perception affecte la manière comme il se présente au public, avec une aura et une emprise particulière (...)"''
Qui bouge quoi de Bàrbara Raubert Nonell,
publié dans AVUI+ - Barcelone -ES - le 9 janvier 09


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